Ça fait à peine deux jours que je suis ici et bordel, ce que je peux me faire chier ! On peut rien faire ici. Je ne peux pas me balader comme je le veux quand je le veux, et rarement toute seule. Faut toujours qu'il y ait quelqu'un, quelque part, qui nous aie à l'œil. Et je ne supporte pas ce manque de liberté. C'est une prison, vous me direz, tu n'avais qu'à pas tuer des hommes. Eh ben ces cons n'avaient qu'à ne pas jouer avec moi. Pensez juste à ce salopard que j'avais cru être l'homme de ma vie – le dernier, avant mon avocat, avant mon arrivée ici – qui tabassait sa fille. Vous parlez d'un homme idéal ! Un connard, un salaud, un vrai fils de p**e ! Et encore, même une p**e ne mettrait jamais une telle ordure au monde !
Il y a qu'ici que je peux avoir la paix, et encore, aujourd'hui c'est un miracle. Hier je voulais prendre ma douche, c'était vide. Mais il y a ce connard de gardien qui a insisté pour rester et me surveiller, planté devant la cabine. Vous croyez que je me suis faite avoir ? Oh que non ! Et maintenant … eh ben je pue. Mais j'ai réussi à me glisser ici sans qu'un autre connard ne m'ait suivie. Bon d'accord … j'avoue … on est un petit peu après le couvre feu et je n'ai techniquement pas le droit de me trouver là. Mais qui s'en soucie ? Eh ben les gens qui partagent ma cellule, qui pourront enfin respirer le même air que moi sans se dire que je suis un porc. Ça me fera vachement du bien.
Avide de me sentir à nouveau propre – et de ne pas faire fuir les prochains hommes qui croiseront la route, quand même – je tourne les robinets. L'eau qui coule n'est pas chaude, mais elle n'est pas froide non plus. Quelque chose me dit, toutefois, que ça va aller en refroidissant. Un truc pour qu'on abuse pas de l'eau et qu'on ne reste pas trop longtemps ? Eh ben c'est raté ! J'ai toujours pris mes douches froides, pour conserver la fermeté de ma peau, et surtout de ma poitrine, de mon ventre et de mes jolies petites fesses rebondies.
Comme je l'avais prédit, l'eau est devenue froide très rapidement. Glaciale, même. Je me suis empressée de terminer de me laver avec le shampooing cheap qu'on nous offre ici, et le savon tout aussi peu reluisant, puis je me suis glissée dans une serviette râpée, plus trop douce. Je me suis rhabillée en vitesse, ai renfilé mes jeans, mon débardeur et, avec ma serviette autour du cou, j'ai quitté la salle des douches en chantonnant doucement. Puisque les portes sont toutes verrouillées, je n'ai qu'à aller me pieuter sur un sofa du salon. Je peux dormir pratiquement n'importe où. Et puis, j'peux pas croire que je croiserai quelqu'un à cette heure.
Toutefois, manque de bol, en arrivant à la porte de ce salon, je constate qu'il est lui-même verrouillé. Je shoote dans le bas de la porte en jurant, puis je m'y adosse et me laisse glisser par terre. Tant pis. Je resterai ici. Il peut rien m'arriver de fâcheux, au milieu d'un couloir. Le pire qui pourrait arriver, c'est que j'aie zappé une caméra de surveillance et qu'on me ramène gentiment à ma cellule avec un tout mignon avertissement.
listening to Sheryl Crow - The First Cut is the Deepest